« Croissance » – Matata Déconnecté Des Réalités Du Pays
Au cours d’une conférence-débat qu’il a animée le weekend dernier à l’amphithéâtre de l’université de Kisangani, Province de la Tshopo, sur le thème « La performance économique et réduction de la pauvreté en RDC », le Premier ministre Augustin Matata Ponyo a claironné son autosatisfaction sur la croissance économique pour la période allant de 2002 à 2015.
Nommé Premier ministre fin avril 2012 en remplacement d’Adolphe Muzito, Augustin Matata Ponyo a indéniablement battu un record de longévité à ce poste. Question à un million de franc congolais : Quel est son « secret »? Mystère!
Quatre ans après son arrivée à la primature, Matata ne cesse de se féliciter de son « bilan ». Il dit à qui veut l’entendre que le Congo-Kinshasa a bénéficié au cours de ces quatre années d’un « taux de croissance exceptionnel de 8% ». Une « croissance » – basée sur l’exportation des matières premières – dont l’impact est quasi-nul au plan de la création des emplois. Il en est de même de la réduction de la pauvreté et des inégalités.
A Kisangani, le « Premier » qui semble vivre dans une sorte de bulle a entonné son credo en « démontrant » que son gouvernement a fourni des efforts ayant boosté la croissance économique. Selon lui, celle-ci a conduit « à la réduction de la pauvreté avec des effets positifs sur la vie de la population ». L’orateur est resté muet sur les améliorations accomplies au niveau de la qualité de vie du Congolais en ce qui concerne l’accès à l’eau courante et à l’électricité. Il n’a pas été capable de quantifier le nombre d’emplois créés.
Matata déconnecté des réalités
En dépit de ces faiblesses, le « chef » du gouvernement qui se dit « technocrate » d’estimer que le Congo-Kinshasa « est résolument en marche vers l’émergence d’ici 2030 ». Vraiment! Il ajoute : « La paix, la sécurité et l’amélioration du climat des affaires, la bonne gouvernance sont les acquis de la politique gouvernementale ».
Le successeur de Muzito paraît plus que jamais déconnecté des réalités. Ne dit-on pas que le pouvoir a tendance à rendre sourd et aveugle? Chef de bureau à la Banque centrale du Congo, directeur général d’un organisme public (BCECO), Matata a été promu ministre des Finances en 2010 avant d’être propulsé à la primature en 2012. Dans quel monde vit cet homme qui est accro des grandes théories économiques qui dissimulent mal une ascension par trop fulgurante?
Vous avez dit la paix et la sécurité? Augustin Matata Ponyo est-il au courant que depuis le mois d’octobre 2014, près de 1.500 citoyens congolais ont été assassinés dans le territoire de Beni, au Nord Kivu, par des prétendus rebelles ougandais de l’ADF et que les tueurs courent toujours? Est-il au courant de la « fermeture », début mars dernier, de cinq sous commissariats de police dans le territoire de Masisi, dans la même province, parce que les policiers symbolisant la puissance publique ont dû battre en retraite face aux miliciens Nyatura et APCLS dotées des armes plus sophistiquées?
Quid de l’amélioration du climat des affaires? Matata n’a pas dit la vérité. Ce secteur n’a connu aucune embellie à ce jour. Il faut bien reconnaître que le problème remonte aux nationalisations dites zaïrianisation des années 70. Des diplomates occidentaux ne cessent d’interpeller les gouvernants congolais actuels. Des gouvernants qui confondent manifestement les lois votées et les changements effectifs intervenus sur le terrain.
Tracasseries
Fin juin 2010, au moment de quitter définitivement le Congo-Kinshasa, l’ambassadrice des Pays Bas d’alors, Ellen Berends-Vergunst, a déclaré, lors d’un dîner d’adieu, que la République démocratique du Congo «a l’un des pires climats d’affaires au monde». A l’époque, l’actuel « Premier » dirigeait le ministère des Finances.
Une année après son arrivée à la primature, Augustin Matata Ponyo a voulu « innover ». C’est du moins ce qu’il croyait. En mars 2013, il organise un dîner avec les chefs des missions diplomatiques en poste à Kinshasa. Un seul point est à l’ordre du jour : l’état des lieux des réformes conduites en vue d’améliorer le climat des affaires. Contre toute attente, le Premier ministre s’est limité à égrener un chapelet des lois votées conformément aux exigences de l’Ohada. Aucune annonce forte. Sur le terrain, les tracasseries administratives, le racket et la corruption continuent à faire rage.
Début octobre 2015, l’ambassadeur d’Allemagne à Kinshasa, Wolfgang Manig, a tapé sur le même clou planté par son ancienne collègue batave. Il a invité les autorités congolaises à améliorer le climat des affaires. C’étaità l’occasion du 25e anniversaire de la réunification de l’Allemagne. Le diplomate germain a profité de l’occasion pour dénoncer les tracasseries dont sont victimes les investisseurs étrangers. « Je voudrais encourager le gouvernement congolais à améliorer le système d’administration. Il faut débureaucratiser les structures, des procédures, ne pas créer une nouvelle bureaucratie. Ce n’est pas bon pour les investisseurs allemands. Il faut aussi combattre définitivement et agressivement toutes ces tracasseries et chantages des gens des institutions comme la douane, l’immigration… « . Le message a-t-il été entendu? Rien n’est moins sûr.
Lors de la dernière question orale adressée au Premier ministre Matata par le sénateur Florentin Mokonda Bonza, celui-ci a déploré le fait que le gouvernement actuel n’a pas de « politique industrielle ». Le parlementaire a eu, par ailleurs » à reprocher au « chef » du gouvernement de donner l’impression de ne pas palper les réalités du pays.